Tout ce que vous devez savoir sur le fact-checking

Dans un monde saturé d’informations, la vérification des faits (fact-checking) s’impose comme un rempart face à la désinformation. Depuis les premiers fact-checkers des années 1920, cette pratique journalistique a dû s’adapter à l’ère d’internet, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle.

Le fact-checking est devenu un élément crucial dans le journalisme contemporain. Face à l’explosion des fake news et à leur rapidité de diffusion sur internet, il est plus important que jamais de garantir l’exactitude des informations diffusées au public. Cet article vous dit tout ce que vous devez savoir sur le fact-checking, de ses origines aux défis actuels de cette pratique journalistique. La vérification des faits est au cœur de la déontologie du journalisme, et elle devrait être aussi un guide pour tous les créateurs de contenu.

Littéralement, le fact-checking, c’est la vérification des faits donc cette pratique journalistique consiste à vérifier :

  • L’authenticité des faits
  • L’exactitude des chiffres
  • La véracité des propos énoncés par les personnalités publiques

Il s’agit ensuite de signaler les erreurs éventuelles.

Le fact-checking vise à s’assurer de l’objectivité et de la justesse des informations diffusées auprès du grand public ainsi qu’à garantir une certaine neutralité dans le traitement de ces informations de la part des médias.

La vérification des faits est au cœur même du métier de journaliste puisqu’elle constitue un des piliers de la déontologie du journalisme au même titre que le secret des sources. En France, cette déontologie journalistique repose sur trois textes principaux :

  • La Charte d’éthique professionnelle des journalistes au niveau de la France,
  • La Charte déontologique de Munich au niveau européen
  • La Charte mondiale d’éthique des journalistes à l’international

La Charte d’éthique professionnelle des journalistes français a été rédigée en 1918 sous le nom de Charte des devoirs professionnels des journalistes français, puis révisée en 1938 et plus récemment en 2011. C’est lors de cette dernière révision que l’éthique a remplacé les devoirs dans son appellation. La vérification des faits y tient une place centrale :

« La notion d’urgence dans la diffusion d’une information ou d’exclusivité ne doit pas l’emporter sur le sérieux de l’enquête et la vérification des sources. »

« C’est dans ces conditions qu’un journaliste digne de ce nom :

 […] tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’images, le mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non-vérification des faits, pour les plus graves dérives professionnelles ;

Exerce la plus grande vigilance avant de diffuser des informations d’où qu’elles viennent ;

Dispose d’un droit de suite, qui est aussi un devoir, sur les informations qu’il diffuse et fait en sorte de rectifier rapidement toute information diffusée qui se révèlerait inexacte. »

La Charte de Munich ou Déclaration des devoirs et des droits des journalistes représente la référence au niveau européen. Mise en place en 1971 et approuvée par la fédération européenne des journalistes, elle instaure cinq droits et dix devoirs.

Parmi les dix devoirs inscrits dans la Charte déontologique, on retrouve:

  • Le respect de la vérité
  • L’origine de toute information doit être connue, à défaut le journaliste doit maintenir une certaine réserve lors de leur diffusion
  • La rectification de toute publication qui s’avérerait inexacte.

La Charte mondiale d’éthique des journalistes a été adoptée en 2019 à Tunis. Bien que récent, ce texte vient en fait compléter la Déclaration de Bordeaux datée de 1954 qui édictait les grands principes de la conduite journalistique à tenir.

Le journaliste doit, entre autres, se limiter à transmettre les informations dont il connaît l’origine et à garder une certaine prudence vis-à-vis les contenus diffusés sur les réseaux sociaux. Elle reprend également la règle présente dans la charte de déontologie française selon laquelle:

« La notion d’urgence ou d’immédiateté dans la diffusion de l’information ne prévaudra pas sur la vérification des faits, des sources et/ou l’offre de réplique aux personnes mises en cause. »

Par ailleurs, le journaliste a pour obligation de rectifier toute erreur ou inexactitude qui aurait été relayée.

A l’origine la vérification des faits consistait à contrôler les publications avant leur parution mais l’apparition d’internet et des réseaux a changé la donne.

Le fact-checking est apparu aux Etats-Unis dans les années 1920. Les premiers fact-checkers travaillaient pour Time. Il s’agissait alors pour les journalistes de vérifier l’exactitude du contenu des articles rédigés avant leur publication dans le magazine. La crise économique de 1929 a obligé les organismes de presse à réduire leurs effectifs. Les fact-checkers ont été les premières victimes des coupes budgétaires et ont quasiment disparu des rédactions.

Le fact-checking refait surface dans les années 2000 outre-Atlantique mais la pratique journalistique concerne surtout le domaine politique. L’objectif est de contrôler la fiabilité des chiffres, des statistiques et des faits délivrés par les politiciens. C’est à cette époque que le fact-checking s’exporte en France.

Avec l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux, le paysage médiatique a profondément changé. La révolution numérique modifie non seulement la manière de diffuser les informations, mais transforme aussi les pratiques de fact-checking, les rendant plus complexes, mais indispensables.

L’essor d’Internet a transformé l’univers des médias. L’émergence des chaînes d’information en continu et des plateformes en ligne multiplient les informations disponibles et en facilitent la diffusion instantanée. Les journalistes sont contraints d’opérer un arbitrage complexe entre rapidité de diffusion et vérification rigoureuse des faits. Les fact-checkers retrouvent une place centrale au sein des rédactions car leur rôle est crucial dans un environnement où les fake news se propagent très vite sur les réseaux sociaux. La pression des délais a donc augmenté pour les journalistes avec l’instantanéité des réseaux sociaux.

L’évolution des réseaux sociaux bouleverse la façon dont l’information est diffusée. Désormais, tout utilisateur peut être le témoin et le révélateur d’un scoop voire un fact-checker. Toutefois, cela a ouvert la voie à la propagation massive de fausses informations, rendant le fact-checking plus indispensable que jamais.

Si vous souhaitez connaître les fake news les plus populaires consultez notre article dédié 7 fake-news à éviter pour ne pas diffuser, vous aussi, de fausses informations.

Internet et les nouvelles technologies, ont à la fois compliqué et simplifié le travail de vérification des journalistes. Le volume démesuré d’informations complexifie les vérifications.

En revanche, les journalistes ont désormais plus de facilités à:

  • Chercher et croiser des informations et des sources
  • Vérifier des contenus audios et vidéos
  • Retrouver des éléments qui datent, parfois archivés

Malgré tout, même avec les bons outils et une équipe dédiée, il est impossible pour les fact-checkers de vérifier manuellement l’intégralité des informations disponibles. Des informaticiens cherchent donc à développer des outils capables d’automatiser cette tâche en faisant appel à l’intelligence artificielle (IA).

Pour l’instant aucun outil n’a véritablement fait ses preuves en matière de fact-checking. Tout d’abord, parce que l’apprentissage d’une IA dépend essentiellement des bases de données qu’on lui fournit, même si sa capacité à intégrer des informations en temps réel a progressé.  Ensuite, parce qu’une IA saisit difficilement le contexte d’une information et ne comprend pas les émotions humaines donc elle a du mal à distinguer un propos ironique d’un propos sérieux.

De nombreux médias ont désormais des rubriques dédiées au fact-checking et des sites se consacrent également à cette pratique journalistique.

Des sites internet entiers ont fait du fact-checking leur spécialité:

  • Politifact – Le site américain Politifact vérifie les déclarations des hommes et femmes politiques aux États-Unis. Certains propos se voient attribuées une note en fonction de leur degré de véracité allant de « True » (vrai) à « Pants on Fire », lorsque l’allégation est fausse ou mensongère. Par ailleurs, le site suit le niveau d’accomplissement des promesses de campagne du président en exercice.
  • FactCheck.org – Ce site a pour vocation de vérifier le contenu des débats, des discours, des interviews, des publicités et des communiqués de presse des principaux acteurs de la politique américaine. FactCheck est affilié à l’APPC (Annenberg Public Policy Center), le centre de politique publique de l’Université de Pennsylvanie.
  • Snopes a débuté en 1994, le site analyse les légendes urbaines, les canulars et les rumeurs qui font le buzz sur Internet. Ils classent les contenus viraux du net en vrai, faux ou « mixture » (en partie vrai et en partie faux). Ils ont, par exemple passé au crible des photos de jeux pour enfants qui circulaient sur internet, comme le premier kit du dealer ou mon premier narguilé. Tous faux bien entendu.
  • Hoaxbuster une plateforme collaborative française créé en 2000 visant à lutter contre la désinformation. Vous pouvez aider le site à se développer en partageant les fausses informations que vous croisez sur internet. Hoaxbuster s’inspire beaucoup des sites précédents mais aussi des rubriques dédiées au fact-checking.
  • Arrêt sur images Daniel Schneidermann a fondé l’émission en 1995, sa diffusion à la télévision s’est arrêtée en 2001 mais le site internet continu à produire du contenu. Comme le programme télévisé, le site a vocation à décrypter les médias.

En dehors des sites dédiés, des rubriques au sein des médias traditionnels sont consacrées au fact-checking:

  • Fake off –  20 Minutes : cette rubrique créée en 2017 par le journal 20 Minutes a pour but de lutter contre la désinformation. Elle a obtenu la certification du réseau international de vérification des faits (IFCN). Cette certification est délivrée par l’Institut Poynter qui possède Politifact. Les organismes certifiés doivent se conformer au code déontologique de l’IFCN pour l’obtenir.
  • Les décodeurs – Le Monde : les décodeurs c’est une équipe du journal Le Monde dédiée à la vérification des faits d’actualité.
  • Factuel – AFP : Factuel est un service interne à l’Agence France-Presse (AFP). L’APP est l’agence de presse la plus ancienne au monde. Fondée en 1944 elle prend en fait la suite Havas fondée, elle, en 1835.
  • Les Observateurs – France 24 : Les observateurs c’est une rubrique info/intox et une émission. Ils ont également mis en ligne un guide de conseils pour vérifier les photos et vidéos postés sur les réseaux sociaux.
  • CheckNews – Libération : en 2008 le journal Libération créé Désintox un service de fact-checking axé sur le domaine de la politique. En 2017, CheckNews succède à Désintox et élargit son champ d’action.
  • Vrai ou Faux – francetvinfo : Vrai ou faux est une émission qui décrypte en moins d’une heure une information liée à des domaines variés : santé, politique, économie…

À l’ère numérique, le travail de vérification des faits a évolué, et le fact-checking est devenu un pilier indispensable pour garantir une information fiable et éviter la propagation des fake news. Désormais, vous connaissez tout de cette pratique journalistique, mais si le fact-checking est au cœur du journalisme, il devrait aussi l’être dans la création de contenu. Dans mon prochain article, nous verrons pourquoi cette pratique est essentielle pour votre contenu en ligne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *